Dans le massif, une poignée d’éleveurs résistent toujours à l’industrialisation et perpétuent le lien séculaire de l’appellation avec la vosgienne, cette vache rescapée de deux conflits mondiaux et d’un procès pour manque de productivité.

On ne l’aurait jamais imaginé. Et pourtant, oui, il pleure. Lui, le montagnard aguerri. Lui, dont la peau tannée et le dos voûté disent tant de ses anciennes conditions de vie, là-haut, dans les Vosges, quand il emmenait ses vaches pâturer sur les landes d’altitude balayées par le vent. C’est vrai qu’on y trouve la meilleure des herbes, nouvelle et parfumée, pour l’un des fromages les plus réputés au monde : le munster.

Jean Wehrey annonce 74 ans tout juste mais on lui en donnerait facilement, qu’il nous pardonne, dix de plus. L’ancien berger – en Alsace, on dit plutôt marcaire, francisation de Malker, le « trayeur de lait » – vit désormais à Gunsbach, dans la vallée de Munster, où, avec sa famille, il tient une ferme-auberge, La Maison du fromage.

Le paysan a choisi de s’asseoir à une table en bois, en terrasse. Au loin, les forêts des premières hauteurs. Et sur le visage, le souffle d’un vent âpre, même en été. L’homme retient ses mots mais finit par se raconter, ses mains puissantes appuyées sur une canne noire qui ne le quitte plus. Quarante ans d’une vie « au service de la vosgienne ».

La race bovine, emblème du massif montagneux qui verse à l’ouest en Lorraine et à l’est en Alsace, a failli disparaître. Jean Wehrey, tout le monde le sait dans la vallée, a lancé au début des années 1960 le combat qui a permis de sauver cette vache trapue aux sabots noirs, une robuste marcheuse dont il aime toujours caresser le museau, comme son père et son grand-père se plaisaient à le faire avant lui.

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